Text
here blah blah blah
"Fragment 12" is from a collaborative
translation project with Nancy Hadfield from
the Moroccan francophone poet Abdellatif Laâbi
entitled “Fragments of a Forgotten Genesis.”
Laâbi was imprisoned by the Moroccan government
for 8 years for political dissent and is well
known for publishing his poetry magazine Souffles.
See
also Gordon's work 'Ant'
Fragment
12 (from Fragments d’une genèse oubliée,
by Abdellatif Laâbi)
Tout
dort maintenant
de l’algue au ciel
du monstre à la fourmi
La beauté est en visite
Elle ouvre son sac
sort un à un ses instruments
sa panoplie subtile
cordes
pinceaux
plumes
herbes
cailloux
Elle se penche sur le berceau
Ne fait pas mine de s’étonner
Elle accepte le présent
tel qu’il est
Ne juge point
La tâche est immense
mais elle a le temps
Avec la beauté vient la patience
Son oeuvre est si fragile
si incertaine
Surtout pas d’affirmation
Chaque touche en efface une autre
pour mieux la fixer
Loin d’elle l’idée de s’insurger
critiquer
encore moins corriger
La beauté n’ajoute pas
ce qui existe lui suffit
Elle choisit sans oublier
sans mépriser
ce qu’elle laisse de côté
Elle traite la laideur avec considération
lui tend la perche
Tous dorment maintenant
côte à côte
dans le berceau
le loup et la brebis
l’idée et l’ombre
le désert et le ciel enlacés
la créature bouche ouverte
la horde repue
La beauté travaille en silence
à l’abri des regards
Ce qu’elle réalise
doit passer d’abord inaperçu
jusqu’au jour où sa présence
s’impose
Étonne sans détonner
En cela
elle reste libre de se donner
ou de se refuser
Elle prépare la rencontre
et se retire
pour ne pas déranger
La beauté n’aime pas festoyer
Elle a le vin triste
Les compliments la font douter d’elle
l’éclaboussent
Sans être prude
elle évite les attouchements
De toutes les offrandes
elle préfère celle des yeux
Tous dorment maintenant
La beauté se penche sur le berceau
Elle scrute la cime
abouchée à l’abîme
s’émeut
aux imperfections de l’être
au désordre qui le ronge
aux violences qui l’attendent
Elle sait qu’elle n’y peut rien
De pouvoir
elle n’a que celui d’être hors de
portée
des pouvoirs
et de faire passer ce petit message
au cas où
Du fleuve calamiteux des destinées
elle ne peut inverser le cours
mais elle rappelle le ruisselet miraculeux
qui s’étire parallèle
narguant la fatalité
Au ruisselet
elle donne le nom curieux
d’amour
et se met au travail
Now everything’s asleep
from seaweed to sky
from monster to ant
Beauty visits
She opens her bag
pulling out instruments
one by one
her subtle display
string
brushes
feathers
herbs
small stones
Expressionless
She leans on the crib
Accepting the present
for what it is
Without judging
The task is immense
but she has time
With beauty comes patience
Its task is too fragile
too uncertain
Anything but an affirmation
Each touch erasing the other
to better affix itself
Beauty does not think of rebelling
criticizing
still less correcting
She doesn’t add anything
what exists suffices
She chooses without forgetting
without despising
what she casts aside
Considerate
she reaches out for ugliness
Everything’s asleep
from coast to coast
from cradle
to wolf and ewe
idea and shadow
desert and twisted sky
the creature gape-mouthed
the horde satiated
Beauty works in silence
sheltered from view
What she accomplishes
must first pass unnoticed
to daybreak where its presence imposes
itself
Amazes but does not disconcert
This way
she refrains from giving herself
or refusing
She prepares for the meeting
and retires
so as not to become unsettled
Beauty does not like to feast
hers is a sad cup
Compliments make her doubt herself
tarnish her
Without prudery
she avoids caresses
Of all offerings
she prefers eyes
Now everything’s asleep
Beauty bends over the crib
She peers at the tip
conjoining abyss
rioting
against existence’s imperfections
against gnawing disorder
against lurking violence
she knows that she can do nothing
for power
She has only aloofness
and this small message she slips across
in case
the disastrous river of destiny
cannot reverse the course
but she calls again on the miraculous
stream
which draws itself parallel
scoffs at fate
She gives the stream
the curious name
of Love
and begins to work